Il y a déjà plus d’un siècle, Oscar Wilde nous disait ceci : « Tout dans le monde est une question de sexe, sauf le sexe qui est une question de pouvoir ». C'est pour mieux déconstruire les rapports de domination qu'est né dans les années 80 le mouvement de la sexualité positive, qui mêle plaisir et empowerment. Révolutionnaire encore aujourd'hui.
Alors que la sexualité demeure l’un des principaux tabous de nos sociétés, un nouveau métier a fait son apparition : facilitateur.rice de l’intime. Une démarche dans laquelle a souhaité s’inscrire Colette Williams, figure du mouvement de la sexualité positive en France et qui propose des événements pour permettre à chacun.e de s’initier.
Qu’est-ce que le mouvement sexpositif ?
Colette Williams : C’est avant tout un cadre où le consentement occupe une place centrale. J’ai découvert le “sexpo” après le libertinage et le tantra. Très vite, j’ai compris que cette approche permettait de vivre la sexualité autrement. Historiquement, le mouvement sexpositif émerge dans les années 80 à New York sous l’implusion des féministes pro-sexe et des lesbiennes en lutte contre le patriarcat. C’est un mouvement politique qui naît en réaction à la honte autour du corps, à la répression du désir et à la sexualité subie plutôt que choisie. Même si j’accompagne beaucoup de personnes hétéros, je veille toujours à rappeler d’où vient ce terme. Car le sexpo est un mouvement inclusif, pensé comme un outil d’empowerment pour les femmes et les personnes queer. Il s’agit de montrer que le problème ne vient pas de la sexualité mais du système d’oppression et de domination dans lequel on évolue. Le sexpo est un moyen de se sentir mieux dans son corps et par conséquent, de se sentir plus confiant.
Comment êtes-vous devenue facilitatrice d’intimité ?
Je viens du monde du cinéma et j’ai toujours eu un attrait pour la création. Je suis rentrée dans le milieu de l’intimité grâce à mon podcast de textes érotiques “Colette se confesse” qui a tout de suite bien marché avec 10 000 écoutes par mois quasi dès sa création. Puis je suis devenue coach et j’ai commencé à organiser des événements. Pour permettre à celles et ceux qui le souhaitent de s’initier, j’ai créé des cercles de parole, des retraites ainsi que des après-midis d’exploration répartis en trois niveaux d’intensité. Ce qui m’anime profondément c’est d’aider les gens à se reconnecter à leur sensualité ; et de les aider aussi à dire oui ou non, sans obligation de faire plaisir.
À quoi ressemble un événement sexpositif ?
Un événement sexpo repose avant tout sur un cadre clair. On se met d’accord sur un vocabulaire commun comportant des codes verbaux et non-verbaux. Puis on passe un long moment pour se connecter. La sexualité peut commencer juste en se regardant dans les yeux. Nous sommes ici dans le slow sex. On va prendre le temps de se parler de ce que l’on veut partager sexuellement mais aussi de ce qui vient après le sexe, pour ne pas se sentir lâché trop brutalement par son ou sa partenaire. Ça peut être se faire un câlin, ou juste se parler de nos vies en buvant un café. D’autre part, contrairement aux soirées libertines ou même aux sites de rencontre, les hommes et les femmes paient le même prix car le corps de la femme ne sert pas de produit d’appel. Les relations sont aussi moins binaires.
Dans quel état d’esprit faut-il être avant de se lancer dans le sexpo ?
Tout part de la connexion à soi. On ne peut pas envisager de se donner pleinement à l’autre sans connaître ses besoins et ses limites. Même si le sexe n’est pas une fin en soi. Beaucoup de femmes qui participent à mes ateliers réalisent qu’elles peuvent explorer la sensualité sans passer par la pénétration. C’est compliqué, car nos imaginaires sont souvent formatés par le porno, qui alimente des codes très normé. L’arrivée de l’IA rend aussi nos imaginaires de plus en plus paresseux.
Pensez-vous que le sexpositif peut transformer la société ?
Clairement oui. La sexualité est un outil de développement personnel. C’est un très bon moyen pour apprendre à se connaître. L'éducation au consentement, valeur socle du mouvement sexpositif, est désormais transmise par des intervenants à l'école car son impact dépasse de loin la chambre à coucher.
A quoi ressemblerait votre monde idéal ?
Dans mon monde idéal, on parlerait de consentement à table ! J’aimerais aussi que l’on aille vers des sexualités plus fluides, que les questions de genre et d’orientation sexuelle soient moins centrales dans les interactions. Que l’on se demande simplement : est-ce que cette personne me plaît énergétiquement ? Je rêve d’une société moins normée, moins hétéro-centrée, avec plus de liberté et de curiosité. Un monde fluide permettrait de résoudre de nombreux conflits.
Quels sont vos prochains projets ?
J’aimerais créer des expériences toujours plus immersives et ludiques, pour se découvrir à travers le jeu. En attendant, les curieux·ses peuvent venir rencontrer la communauté sexpo via coletteseconfesse.fr ou en allant fouiller sur le blog sexpositif.fr écrit par et pour la communauté pour visibiliser nos valeurs et nos actions.
Et pour aller (toujours) plus loin : L’amour à plusieurs, documentaire en deux parties de Maïa Mazaurette à voir en replay sur tf1.fr. L’occasion de faire plus ample connaissance avec Colette Williams qui intervient dans la partie 2 / A voir également La sexualité positive sur arte.tv
Propos recueillis par Pauline de Quatrebarbes
Parce que ça va mieux en le dessinant, la rédaction de Zézette est heureuse d’accueillir un nouveau venu, l’illustrateur de presse Cyrille Berger.
Tout simplement (attention scoop…) parce qu’en 2026, il n’existe toujours pas de média consacré à la sexualité et à l’amour, et ce bien qu’ils fassent partie des rares sujets qui nous concerne tous à travers le monde. On trouve pourtant des journaux sur à peu près tout. Les camping-caristes ont ainsi leur magazine, Camping-car Magazine, depuis 1978, et les mostrophilistes (c’est comme cela que se font appeler les collectionneurs de montres) peuvent feuilleter Montres magazine depuis près de 30 ans.
Si la sexualité s’est fait une place dans les médias ces dernières années et que des voix de plus en en plus nombreuses se font entendre, la sexualité reste désespérément vierge de toute publication (en dehors des seules revues médicales qui lui sont consacrées...).
Puisque, dixit Oscar Wilde, « tout dans le monde est une question de sexe, sauf le sexe qui est une question de pouvoir », l'enjeu est de parvenir à parler sexualité sans honte comme de n’importe quel autre sujet. Car il s’agit bien d’explorer toutes ses facettes, notamment pour décortiquer les rapports de domination entre hommes et femmes.
Quant à l’amour, s’il fait les beaux jours de la littérature ou du cinéma, il a encore du mal à être pris au sérieux, ce dont témoigne la neuroscientifique Stéphanie Cacioppo dans son livre Le pouvoir de l’amour qui a dû braver le scepticisme lorsqu’elle a entamé ses recherches sur le sujet.
Telles sont les raisons d'être de Zézette, premier média indépendant 100 % dédié à la sexualité et à l’amour avec pour but d’en faire des sujets de conversation que l’on ne se sent plus gêné d’aborder par crainte de la honte ou d’une supposée mièvrerie. Le principe : une newsletter envoyée au moins deux dimanches par mois, et plus si affinités…
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