“L’homme n’est pas forcément fort, infaillible et dénué de sensibilité. Cette représentation est un simulacre”
Sublimer la sensibilité masculine : tout un programme à l’heure où les représentations virilistes sont légion sur les réseaux sociaux. C’est pourtant la démarche dans laquelle s’est lancé le photographe Brice Lambert. Sur Instagram, il partage des portraits d’hommes nus, loin des stéréotypes de la virilité. Et avec Zézette, il signe trois couvertures de magazine où la sensualité se conjugue au masculin, à découvrir plus bas.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler une autre image de la masculinité ?
Brice Lambert : J’ai eu une révélation esthétique en allant à Florence. J’y ai vu le David de Michel-Ange. Ça m’a vraiment ému. J’ai trouvé le travail au niveau du corps exceptionnel. J’ai été saisi par la force, l’élégance et la fragilité qui se dégageaient de cette statue. Cela m’a donné envie d’explorer tous ces aspects en photo car je me suis rendu compte que la sensualité était quelque chose de tabou dans l’iconographie masculine. J’avais donc envie de dépasser les clichés. J’ai commencé par travailler sur mon propre corps à travers une série d’autoportraits afin d’aiguiser mon regard mais aussi parce que j’étais trop timide pour démarcher des modèles. Cela fait seulement deux ans que j’assume suffisamment pour proposer à des hommes de poser devant mon objectif.
Quel a été le premier homme que vous avez photographié ?
Il s’agissait d’un homme que j’ai rencontré en Italie et qui habitait le même village que ma mère. Il avait l’habitude de faire des photos dans le mannequinat. Tout le contraire de ce que je fais puisque je travaille sans flash et sans maquillage. A l’issue du shooting, il m’a confié qu’il avait eu le sentiment que je le photographiais tel qu’il était. Je ne demande pas à mes modèles d’adopter telle ou telle pose. Je tiens à ce qu’ils se sentent libres d’exprimer ce qu’ils veulent comme ils le veulent.
Comment expliquez-vous que la sensualité soit aussi peu associée à la masculinité ?
Nous sommes formatés. On a tendance à associer la sensualité à l’homosexualité. D’ailleurs, certains ont pensé que je faisais mon coming out alors que j’étais juste dans une recherche esthétique. J’essaye de faire changer notre regard sur la manière dont on se représente en tant qu’homme. L’homme n’est pas forcément fort, infaillible et dénué de sensibilité. Cette représentation est un simulacre pour moi. Voilà pourquoi j’essaie de sublimer la sensibilité masculine.
Votre démarche s’inscrit dans une vision radicalement différente des “Dieux du stade”…
Oui. Je recherche le côté vulnérable de l’homme. C’est une mise à nu qui va au-delà du corps. J’aide mes modèles à accoucher de leurs émotions profondes. Ce n’est d’ailleurs pas toujours facile. Certains ont besoin d’être guidés. J’échange avec eux mais je ne cherche pas à les diriger.
C’est donc une manière d’apprendre à se connaître…
Poser nu, c’est se donner une chance de mieux s’accepter. Je fais en sorte pour cela d’instituer un cadre de non-jugement. Ce que j’aime photographier par-dessus tout, ce sont les âmes plus que les corps. Certaines personnes que j’ai photographiées se sont découvertes autrement. Le corps est un révélateur et le photographe est le miroir du sujet.
Comment faire si l’on veut poser avec vous ?
Il suffit de m’écrire via mon compte Instagram @virilisensible.
Infos pratiques : parcourez les clichés de Brice Lambert sur Instagram @virilisensible
Propos recueillis par Gaspard Guérin
Photo par Brice Lambert / montage par CM pour Zézette
À quand un homme nu en couverture d’un hors-série sexo ?
L’an dernier nous posions la question : ne faudrait-il pas que les hommes aussi incarnent l’érotisme en couverture des hors-séries des Inrocks sur la sexualité ? Sur les précédentes couvertures que nous avions pu consulter, seules les femmes étaient mises en scène. Cette année, rebelote : c’est le corps d’une femme nue qui s’est retrouvé en couverture du hors-série “Sexe 2026”. Le 30 septembre dernier, c’est une Asia Argento entièrement nue que l’on découvrait cette fois en couv du numéro “spécial anniversaire 40 ans” (alors que les hommes qui illustrent les autres couvertures de ce numéro spécial sont, eux, habillés).
Il y a presque 10 ans, en 2017, le même magazine consacrait pourtant un hors-série “Génération féministe” avec pour sujet entre autres “Instagram et la vision du corps féminin”. 2017, c’est aussi l’année de la révolution #MeToo. Dès lors, n’y a-t-il pas une contradiction ? Si le nu fait vendre, pourquoi est-ce toujours le nu féminin qui est utilisé en Une d’un magazine réputé progressiste ? Ce qui pose la question de la place accordée au désir des femmes.
Qui est censé désirer ?
Une couverture en dit long sur le regard auquel elle s’adresse. Dès les années 1970, l’écrivain John Berger, dans Ways of Seeing, et la théoricienne du cinéma Laura Mulvey, à qui l’on doit le concept de male gaze, montraient que l’image érotique présuppose un spectateur masculin. Cinquante ans plus tard, le fait que les numéros sexo des Inrocks ne soient pas incarnés par des hommes laisse penser que le désir féminin reste sous le radar. Et que le corps masculin doit encore trouver sa juste place dans l’imaginaire érotique, aux côtés du corps féminin.
Sans attendre le numéro sexo 2027, Zézette s’est donc associé à Brice Lambert (lire son interview ci-dessus) pour vous offrir trois couvertures où l’homme apparaît dans toute sa sensualité et sa vulnérabilité. Dans l’espoir que cela donne des idées aux Inrocks, et aux autres…
La rédaction
Photo par Brice Lambert / montage par CM pour Zézette
Photo par Brice Lambert / montage par CM pour Zézette
Jeudi 5 novembre, Zézette et le café orgasmique Les Vagues à Paris vous invitent à une conversation non classée X en présence de Stéphanie Estournet, ex-journaliste de Libé et du Journal du hard, et de Renaud Charles, rédacteur en chef de Zézette
25 % de la bande passante et 35 % des vidéos du Net seraient consacrées à la pornographie selon un rapport du Sénat publié en 2022. Tout le porno est-il problématique ? Quelle est la différence entre le bon et le mauvais porno ? Pour Stéphanie Estournet, ex-journaliste de Libé et du Journal du hard devenue aujourd’hui sexothérapeute, la condamnation sans nuance du porno ne permet pas de faire émerger une production qui serve aussi bien l'excitation que l'éducation à la sexualité.
L’inscription est gratuite dans la limite des places disponibles sur weezevent.com
Les Conversations Zézette x Les Vagues, c’est quoi ?
Parce que l'on peut parler de tout à la machine à café sauf de sexualité, Zézette et Les Vagues, le café orgasmique de Paris (et qui en plus, comme grand-mère, sait faire un bon café) lancent les Conversations. Le but ? “Détabouiser” le sujet ensemble, avec un expert.e, autour d'une tasse de café... chaud bien sûr.
Mais pourquoi donc Zézette ?
Tout simplement (attention scoop…) parce qu’en 2026, il n’existe toujours pas de média consacré à la sexualité et à l’amour, et ce bien qu’ils fassent partie des rares sujets qui nous concerne tous à travers le monde. On trouve pourtant des journaux sur à peu près tout. Les camping-caristes ont ainsi leur magazine, Camping-car Magazine, depuis 1978, et les mostrophilistes (c’est comme cela que se font appeler les collectionneurs de montres) peuvent feuilleter Montres magazine depuis près de 30 ans.
Si la sexualité s’est fait une place dans les médias ces dernières années et que des voix de plus en en plus nombreuses se font entendre, la sexualité reste désespérément vierge de toute publication grand public (en dehors des seules revues médicales qui lui sont consacrées...).
Puisque, dixit Oscar Wilde, « tout dans le monde est une question de sexe, sauf le sexe qui est une question de pouvoir », l'enjeu est de parvenir à parler sexualité sans honte comme de n’importe quel autre sujet. Car il s’agit bien d’explorer toutes ses facettes, notamment pour décortiquer les rapports de domination entre hommes et femmes.
Quant à l’amour, s’il fait les beaux jours de la littérature ou du cinéma, il a encore du mal à être pris au sérieux, ce dont témoigne la neuroscientifique Stéphanie Cacioppo dans son livre Le pouvoir de l’amour qui a dû braver le scepticisme lorsqu’elle a entamé ses recherches sur le sujet.
Telles sont les raisons d'être de Zézette, premier média indépendant 100 % dédié à la sexualité et à l’amour créé par un collectif de journalistes avec pour but d’en faire des sujets de conversation que l’on ne se sent plus gêné d’aborder par crainte de la honte ou d’une supposée mièvrerie. Le principe : une newsletter envoyée au moins deux dimanches par mois, et plus si affinités. Bonne lecture !
La rédaction
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