Après son essai devenu culte Désirer la violence, une réflexion sur la romantisation des hommes violents colportée par la pop culture, la journaliste Chloé Thibaud signe Pourquoi les hommes ont peur des femmes, une analyse de la diabolisation des femmes à travers la fiction et de la peur qu’elles suscitent chez le soit disant sexe fort.
Comment avez-vous construit votre livre Pourquoi les hommes ont peur des femmes ?
Chloé Thibaud : J’y analyse comment le cinéma, les séries et plus largement la pop culture nous ont appris à avoir peur des femmes. Il s’agit du prolongement de mon premier essai Désirer la violence où je m'intéressais à la manière dont la culture nous incite à désirer des hommes violents. Ici, j'explore l'autre versant, à savoir comment les femmes sont diabolisées. Je me base notamment sur le concept de “gynophobie”, c'est-à-dire la peur des femmes qui nourrit la misogynie et qui se diffuse massivement à travers les productions culturelles.
Vous passez en revue les archétypes féminins. Pourquoi ce choix ?
Ce qui m'intéressait c'était de raconter une existence de femme et de montrer qu'à chaque étape de la vie nous sommes enfermées dans des représentations patriarcales. Que l’on soit petite fille, adolescente, étudiante, active, vieille ou même morte, on n'échappe jamais au regard masculin.
Comment la peur des hommes envers les femmes se matérialise-t-elle ?
La fiction participe énormément à cette logique, et ce depuis l’Antiquité. Je pense par exemple au mythe de Méduse. A l'origine, c'est une femme violée qui est punie par Athéna tandis que son agresseur, Poséidon, poursuit tranquillement son existence de dieu. L’histoire de la Dame blanche est aussi un exemple qui m’a marqué car il m'a terrorisée enfant. Or, dans la plupart des versions de cette légende, la Dame Blanche est une femme victime de violences masculines. Pourtant, dans le récit collectif, c'est elle qu'on apprend à craindre, jamais ses bourreaux. De manière générale, on accorde souvent davantage de crédit aux hommes accusés qu'aux femmes qui témoignent, ce qui est une inversion complète de la culpabilité
Comment expliquez-vous cette peur ?
Je pense surtout qu'ils ont peur de ce qu'ils ne contrôlent pas. Pendant des siècles, les hommes ont eu la main sur la production des récits et ont construit des histoires où les victimes deviennent dangereuses. Il existe énormément de fantômes féminins dans la culture populaire, comme si la pire chose qui pouvait arriver était que les femmes mortes reviennent parler.
Comment dépasse-t-on cette peur ?
Le titre est important. Ce n'est pas Pourquoi les femmes font peur aux hommes. C'est Pourquoi les hommes ont peur des femmes. Les femmes doivent arrêter d'avoir peur de faire peur. Sinon on finit par se diminuer pour rassurer les hommes. Je peux entendre que certains hommes soient intimidés par des femmes puissantes ou indépendantes. Mais lorsque cette peur se transforme en haine ou en violence, comme chez les incels (célibataires involontaires, Ndlr), elle devient inacceptable. Le monde culturel a aussi une responsabilité car un film, une série ou une chanson sont des discours sur le monde. On peut bien sûr regarder une œuvre sans tout analyser, mais cela ne retire rien à sa portée politique. Les nouveaux récits existent déjà, mais les financements et le pouvoir restent très largement entre les mains d'hommes, souvent conservateurs. Les artistes ont un grand rôle pour faire changer les choses, comme quand Adèle Haenel prend la parole malgré le risque considérable que cela représente.
À un an de l'élection présidentielle, vous terminez sur un appel très politique…
Oui, parce que je crois que le moment est grave. J'attends des prises de parole du monde culturel, mais aussi des journalistes et des auteur·ices. Je ne crois plus à la neutralité lorsqu'on voit l'extrême droite aux portes du pouvoir. Lorsqu'on bénéficie d'une visibilité, on a aussi une responsabilité intellectuelle. Écrire, filmer, raconter des histoires, ce n'est jamais neutre. J'espère simplement que ce livre sèmera quelques graines.
Infos pratiques : Pourquoi les hommes ont peur des femmes. Ed. Les Insolentes. 296 pages. 22€. Plus d’infos sur hachette.fr
Propos recueillis par Pauline de Quatrebarbes
Mais pourquoi donc Zézette ?
Tout simplement (attention scoop…) parce qu’en 2026, il n’existe toujours pas de média consacré à la sexualité et à l’amour, et ce bien qu’ils fassent partie des rares sujets qui nous concerne tous à travers le monde. On trouve pourtant des journaux sur à peu près tout. Les camping-caristes ont ainsi leur magazine, Camping-car Magazine, depuis 1978, et les mostrophilistes (c’est comme cela que se font appeler les collectionneurs de montres) peuvent feuilleter Montres magazine depuis près de 30 ans.
Si la sexualité s’est fait une place dans les médias ces dernières années et que des voix de plus en en plus nombreuses se font entendre, la sexualité reste désespérément vierge de toute publication (en dehors des seules revues médicales qui lui sont consacrées...).
Puisque, dixit Oscar Wilde, « tout dans le monde est une question de sexe, sauf le sexe qui est une question de pouvoir », l'enjeu est de parvenir à parler sexualité sans honte comme de n’importe quel autre sujet. Car il s’agit bien d’explorer toutes ses facettes, notamment pour décortiquer les rapports de domination entre hommes et femmes.
Quant à l’amour, s’il fait les beaux jours de la littérature ou du cinéma, il a encore du mal à être pris au sérieux, ce dont témoigne la neuroscientifique Stéphanie Cacioppo dans son livre Le pouvoir de l’amour qui a dû braver le scepticisme lorsqu’elle a entamé ses recherches sur le sujet.
Telles sont les raisons d'être de Zézette, premier média indépendant 100 % dédié à la sexualité et à l’amour créé par un collectif de journalistes avec pour but d’en faire des sujets de conversation que l’on ne se sent plus gêné d’aborder par crainte de la honte ou d’une supposée mièvrerie. Le principe : une newsletter envoyée au moins deux dimanches par mois, et plus si affinités…
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