Si vous tapez dans un moteur de recherche les mots clefs café et orgasmique, vous trouverez une quantité d'articles sur les bienfaits supposés du café en matière de plaisir sexuel, mais un seul café orgasmique, récemment ouvert à Paris. Un concept unique en France, et sans doute au monde, où la sexualité n'est plus tabou.
Ni love shop ni café comme les autres, le premier café orgasmique de Paris est un lieu ouvert à tous.tes où l’on vient boire un bon café et aussi, si l’on veut, parler ou écouter parler de sexualité et se documenter. Sa fondatrice, Elleore Bomstein, a tout expliqué à Zézette.
C’est quoi au juste un café orgasmique ?
Elleore Bomstein : C’est tout d’abord un café où l’on peut boire du bon café. Ce serait un paradoxe d’être un café qui se revendique orgasmique et de proposer un café qui n’a pas de goût ! Ensuite, le propre d’un café est d’être un espace de conversation. Bien qu’il existe de nombreuses ressources disponibles autour de la sexualité et du bien-être intime, il manque des espaces pour en parler librement comme de n’importe quel autre sujet. Aujourd’hui, la question du plaisir sexuel est souvent abordée de manière très médicale, lorsqu’un dysfonctionnement survient par exemple. Or c’est un sujet beaucoup plus large qui relève aussi du champ culturel et pas seulement du registre corporel. D’où notre volonté de contribuer à le démocratiser en ouvrant un lieu pour en parler. Un sujet aussi universel que la sexualité n’a pas vocation à continuer d’être traité comme un sujet de niche.
Que trouve-t-on dans un café orgasmique, à part du café ?
On y trouve des livres sur le thème de la sexualité au sens large, des bijoux ou des gravures autour du corps mais aussi une programmation d’ateliers qui se déclinent en trois grands axes : connaissance du corps - nous avons organisé un atelier sur la ménopause le mois dernier par exemple -, libération de la parole et enfin imaginaires érotiques avec en prévision une séance d’hypnose pour mieux explorer ses fantasmes sans le filtre du conscient. Nous avons également un espace de consultation où il est possible de rencontrer des sexothérapeutes.
Il était important pour vous de disposer d’un lieu qui a pignon sur rue…
Oui car cela permet à chacun.e de prendre le temps de l’apprivoiser et d’y rentrer quand c’est le bon moment. Notre but est que tout le monde puisse se sentir à l’aise. C’est pourquoi nous avons tenu à ce que la décoration ne suscite pas la gêne. Ici, on peut rentrer en famille avec ses enfants. Nous ne sommes pas dans la provoc.
Bien que la sexualité constitue la raison d’être du lieu, vous n’êtes pas pour autant un love shop…
Effectivement, même si Les Vagues s’inscrivent dans la même démarche visant à démocratiser l’accès au plaisir. On ne vend pas de sextoys mais on permet aux gens de se questionner et d’explorer leur imaginaire érotique en leur donnant accès à des espaces d’échange ainsi qu’à de nombreuses ressources. Il ne faut pas oublier que le cerveau est le premier organe sexuel. On se vit comme un espace d’empowerment où l’on va pouvoir mieux appréhender connaître ses désirs.
Comment est née l’idée d’un tel lieu ?
C’est le fruit d’une longue maturation. Pendant le confinement, j’ai fait la découverte du livre Jouir : En quête de l’orgasme féminin écrit par la journaliste canadienne Sarah Barmak. Depuis, j’ai dû le lire au moins quatre fois. J’ai notamment été choquée par les chiffres sur l’accès des femmes au plaisir : dans nos sociétés occidentales, 43 % des femmes hétéros ne jouissent pas lorsqu’elles ont un rapport avec un homme, alors même que l’on prétend être libérés. Ce n’est donc pas juste une problématique individuelle ou familiale mais une culture qui empêche les femmes de jouir de leur corps. Je me suis demandé comment on pouvait faire évoluer les choses et je suis parvenue à la conclusion qu’il fallait créer des espaces de partage pour que l’on puisse discuter entre nous et se rendre compte que nous partagions les mêmes problématiques. J’ai bien conscience que même si cela ne résoudra pas tout, cela doit au moins permettre de faire descendre d’un cran le sentiment de honte et de culpabilité.
Vous avez ouvert en février dernier. Avez-vous déjà quelques anecdotes ?
Un jour, un homme s’est rendu compte de la thématique du café après avoir vu des vulves sur le papier peint des toilettes. Or il avait donné un rendez-vous professionnel et s’est inquiété que cela puisse déranger la femme qu’il devrait rencontrer. Finalement, avec un peu d’humour, tout s’est bien passé. C’est aussi le but, que les gens rentrent sans forcément savoir.
Quel est l’objectif du financement participatif que vous avez lancé ?
Il s’agit de soutenir le lancement du lieu : mieux équiper le café, embaucher une salariée et d’étoffer la programmation avec notamment des spectacles. Mais l’objectif est aussi de faire connaître le projet, voir comment est perçue la démarche et permettre aux gens d’y contribuer !
Infos pratiques : café orgasmique et librairie Les Vagues, 58, rue Sedaine, Paris (11e). Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h. Plus d’infos sur lesvagues.co / Pour participer au financement participatif des Vagues, rendez-vous sur ulule.com
Propos recueillis par Renaud Charles
Crache dans ma bouche puis crache dans mon autre bouche est un recueil génial de poésie queer de Star Finch, où le cul se mêle à l'humour et où le rire est politique. Attention, vous allez avoir très chaud face aux flux de fluides qui apparaissent au fur et à mesure de la lecture. Star Finch joue avec la/les langue/s pour nous offrir des obscénités révolutionnaires et radicales. On en redemande !
Infos pratiques : Crache dans ma bouche puis crache dans mon autre bouche, de Claire Star Finch. Ed. Les Petits Matins. 91 pages. 16 €
Propos recueillis par Pauline de Quatrebarbes
Tout simplement (attention scoop…) parce qu’en 2026, il n’existe toujours pas de média consacré à la sexualité et à l’amour, et ce bien qu’ils fassent partie des rares sujets qui nous concerne tous à travers le monde. On trouve pourtant des journaux sur à peu près tout. Les camping-caristes ont ainsi leur magazine, Camping-car Magazine, depuis 1978, et les mostrophilistes (c’est comme cela que se font appeler les collectionneurs de montres) peuvent feuilleter Montres magazine depuis près de 30 ans.
Si la sexualité s’est fait une place dans les médias ces dernières années et que des voix de plus en en plus nombreuses se font entendre, la sexualité reste désespérément vierge de toute publication (en dehors des seules revues médicales qui lui sont consacrées...).
Puisque, dixit Oscar Wilde, « tout dans le monde est une question de sexe, sauf le sexe qui est une question de pouvoir », l'enjeu est de parvenir à parler sexualité sans honte comme de n’importe quel autre sujet. Car il s’agit bien d’explorer toutes ses facettes, notamment pour décortiquer les rapports de domination entre hommes et femmes.
Quant à l’amour, s’il fait les beaux jours de la littérature ou du cinéma, il a encore du mal à être pris au sérieux, ce dont témoigne la neuroscientifique Stéphanie Cacioppo dans son livre Le pouvoir de l’amour qui a dû braver le scepticisme lorsqu’elle a entamé ses recherches sur le sujet.
Telles sont les raisons d'être de Zézette, premier média indépendant 100 % dédié à la sexualité et à l’amour avec pour but d’en faire des sujets de conversation que l’on ne se sent plus gêné d’aborder par crainte de la honte ou d’une supposée mièvrerie. Le principe : une newsletter envoyée au moins deux dimanches par mois, et plus si affinités…
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