Kessel

Avec l'éducation à la sexualité, "on parle beaucoup de l’après et de l’avant mais jamais du pendant"

C'est la rentrée et avec elle le retour des cours d'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS). Qu'en pensent celles et ceux à qui ils sont destinés ? Zézette a demandé à Blanche Doutreligne, élève de première en Bretagne, de mener l'enquête.

On n’aborde pas le plaisir féminin. Je trouve ça tellement plus complexe que le plaisir masculin”

Quand est-ce que les séances d’EVARS ont commencé pour toi ?

Léna, 16 ans, élève de 1ère en Bretagne : J’ai commencé les séances d’EVARS en 4e et depuis j’en ai une fois pas an. Les séances durent environ 4 heures et franchement c’est amplement suffisant vu que l’on nous répète toujours la même chose. A chaque fois, on ne fait que parler de prévention. En vrai, j’ai fait le tour !

Qu’as-tu retenu de ces séances ?  

Sincèrement, j’ai surtout retenu que c’était long et chiant. C’est dommage car cela pourrait être une discussion à cœur ouvert où tout le monde peut poser des questions, ce qui serait grave cool. J’ai le souvenir qu’en seconde la séance avait été hard. Les animatrices incriminaient les mecs. Ils s’en prenaient plein la gueule. J’avais de la peine pour eux.

Qu’est-ce qui devrait être amélioré selon toi ?

On parle beaucoup de l’après et de l’avant mais jamais du pendant. Par exemple, on n’aborde pas le plaisir féminin. Je trouve ça tellement plus complexe que le plaisir masculin. Il faudrait vraiment donner des cours là-dessus. J’ai l’impression que ça suscite la gêne chez celles qui nous font l’EVARS, comme si c’était quelque chose de mauvais. Au final, on reçoit plein de conseils, par exemple savoir quoi faire quand la capote craque, mais on laisse de côté les émotions. Alors qu’aujourd’hui, tout ce qui est pratique, on peut le demander à Chat GPT. En revanche, j’aimerais apprendre comment communiquer pendant l’acte.

Quelle place est accordée au consentement ?

C’est un sujet que l’on traite bien sûr sauf que l’on reste trop sur la théorie. Il faudrait des mises en situation pour vraiment comprendre. Je trouve que ce serait hyper important de ouf !

Est-ce que le rôle du planning familial est évoqué ?


On le présente surtout comme un endroit destiné aux filles.

Au final, penses-tu que les séances d’EVARS soient utiles ? 


Elles sont utiles mais ce serait mieux si elles évoluaient davantage avec l’âge plutôt que de répéter toujours les mêmes choses de manière superficielle. Le problème aujourd’hui, c’est qu’on s’emmerde et qu’on attend que ça passe. Je pense qu’il faudrait un vrai programme qui puisse permettre d’aller plus en profondeur.  

Quels autres sujets devraient être abordés selon toi ?

Des sujets plus tabous comme les règles douloureuses ou bien l’hymen.

Est-ce qu’il faudrait plutôt proposer des séances animées par des professionnels.elles comme des sexologues, des infirmiers.ères ou des sage-femmes ?

Si les séances étaient animées par des gens qui s’y connaissent vraiment, on aurait certainement envie d’en faire plus.  

La méthode n’est pas la bonne actuellement…  

Il faut vraiment assister à une séance pour se rendre compte à quel point c’est nul. T’as même pas le droit de sortir pour faire une pause et discuter du sujet. Je comprends aussi que ce soit difficile d’installer un dialogue avec nous parce qu’on peut paraître gênés. Une solution pourrait être de faire des plus petits groupes où chacun peut dire ce qu’il pense.

S’il y avait une chose que tu pouvais changer, ce serait quoi ? 


Sans déconner, le programme ! Il y a tellement de sujets qui pourraient être traités et qui ne le sont pas parce qu’on est trop dans la répétition.

“On pourrait aborder plus en détails les relations amoureuses. Je pense par exemple au chantage affectif car quand cela m’est arrivé je n’ai pas su comment gérer”

Quand est-ce que les séances d’EVARS ont débuté pour toi ? 


Alice, 16 ans, élève de 1ère en Bretagne : J’ai commencé en 5e et depuis j’ai eu une séance par an. Ça tourne toujours autour des mêmes : la prévention, le consentement, les IST et les différentes sexualités. Il n’y a pas assez de renouvellement. On ne traite jamais de l’actualité, par exemple des affaires d’agressions sexuelles.

Le fait de répéter certains sujets n’est pas utile selon toi ?

La prévention, le consentement, les IST… sont des sujets importants mais il ne me paraît pas utile de toujours répéter les mêmes choses. A force on n’écoute plus.

De quoi aimerais-tu parler dans ces séances ?

On pourrait aborder plus en détails les relations amoureuses. Je pense par exemple au chantage affectif car quand cela m’est arrivé je n’ai pas su comment gérer. C’est important d’être capable de distinguer quand une relation devient toxique.

Les notions de plaisir et de désir sont-elles discutées ?

Pas du tout et je trouve que c’est un manque. On a l’impression que c’est tabou pour ceux qui animent les séances alors que ça ne devrait pas. Pour moi on devrait en parler.  

Est-ce que le planning familial est un sujet qui est évoqué ?

Je sais vaguement ce que c’est mais je n’ai pas l’impression qu’on en parle. Et je ne sais pas ce qu’on y trouve.

Est-ce que tu juges les séances d’EVARS utiles ?

C’est utile mais il faudrait plus de renouvellement et changer la façon dont on les fait. C’est vraiment trop répétitif et il faudrait que cela s’adapte davantage à notre expérience de la sexualité en grandissant.

Penses-tu que cela changerait quelque chose si les séances étaient animées par des pros plusieurs fois dans l’année ?

Ce serait plus intéressant et on serait plus attentifs. Du fait que ce soit des séances qui n’ont lieu qu’une fois dans l’année, certains peuvent se sentir moins concernés et en profiter pour foutre la merde.

Qu’est-ce que tu modifierais dans l’EVARS ?

Déjà je pense que l’on devrait avoir plus d’heures. Et ce serait bien d’annoncer les sujets qui vont être abordés pendant la séance et permettre à ceux qui le souhaitent de sortir lorsqu’ils se sentent gênés.

“Je trouverais utile d’avoir un cours une fois par mois avec des professionnels.elles”

Depuis quand les séances d’EVARS ont commencé pour toi et te souviens-tu de la toute première ?

Marius, 17 ans, élève de terminale en Île-de-France : Je me souviens très bien de la toute première. C’était en troisième. Nous étions allés à l'Espace Tête à Tête à Rosny 2 à Rosny-sous-Bois. J’avais appris plein de trucs, notamment qu’il existait plusieurs sortes de préservatifs. J’étais persuadé qu’il n’y en avait qu’une sorte. On a aussi parlé de la manière d’avoir des relations respectueuses.  

Quels sont les thèmes qui te paraissent les plus importants à aborder ?

Je pense aux agressions sexuelles. Cela permet d’être plus vigilant et de savoir demander de l’aide lorsqu’on est victime. Hélas nous n’avons eu qu’une séance sur ce sujet. Cela mériterait qu’on y passe plus de temps. Pareil pour le consentement.

Est-ce que tu sais ce qu’est le planning familial et en avez-vous parlé en EVARS ?

Pas du tout. Je n’en ai jamais entendu parler.

Estimes-tu que l’EVARS soit utile ?

Oui, je trouve ça utile. J’ai pu avoir beaucoup de renseignements et j’ai aussi pu changer ma façon de penser. Mais je trouve que l’on devrait avoir encore plus de séances.

Penses-tu que les séances devraient être animées par des professionnels comme des sexologues ou des sage-femmes ?

Ce serait vraiment pas mal. Lorsque nous sommes allées à l’Espace Tête à Tête, nous avons rencontré un sexologue. J’avais trouvé que c’était vraiment intéressant d’avoir son point de vue. Je trouverais utile d’avoir un cours une fois par mois avec des professionnels.elles.

Si tu pouvais changer quelque chose de l’EVARS, ce serait quoi ?
 

C’est quelque chose que l’on pourrait à mon avis commencer d’aborder de manière adaptée dès la primaire, notamment en ce qui concerne les agressions sexuelles.

Propos recueillis par Blanche Doutreligne

Mais pourquoi donc Zézette ?

Tout simplement (attention scoop…) parce qu’en 2026, il n’existe toujours pas de média consacré à la sexualité et à l’amour, et ce bien qu’ils fassent partie des rares sujets qui nous concerne tous à travers le monde. On trouve pourtant des journaux sur à peu près tout. Les camping-caristes ont ainsi leur magazine, Camping-car Magazine, depuis 1978, et les mostrophilistes (c’est comme cela que se font appeler les collectionneurs de montres) peuvent feuilleter Montres magazine depuis près de 30 ans.

Si la sexualité s’est fait une place dans les médias ces dernières années et que des voix de plus en en plus nombreuses se font entendre, la sexualité reste désespérément vierge de toute publication grand public (en dehors des seules revues médicales qui lui sont consacrées...).

Puisque, dixit Oscar Wilde, « tout dans le monde est une question de sexe, sauf le sexe qui est une question de pouvoir », l'enjeu est de parvenir à parler sexualité sans honte comme de n’importe quel autre sujet. Car il s’agit bien d’explorer toutes ses facettes, notamment pour décortiquer les rapports de domination entre hommes et femmes.

Quant à l’amour, s’il fait les beaux jours de la littérature ou du cinéma, il a encore du mal à être pris au sérieux, ce dont témoigne la neuroscientifique Stéphanie Cacioppo dans son livre Le pouvoir de l’amour qui a dû braver le scepticisme lorsqu’elle a entamé ses recherches sur le sujet.

Telles sont les raisons d'être de Zézette, premier média indépendant 100 % dédié à la sexualité et à l’amour créé par un collectif de journalistes avec pour but d’en faire des sujets de conversation que l’on ne se sent plus gêné d’aborder par crainte de la honte ou d’une supposée mièvrerie. Le principe : une newsletter envoyée au moins deux dimanches par mois, et plus si affinités. Bonne lecture !

La rédaction

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Zézette, le 1er média 100% dédié à la sexualité

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