En 1956 naissait le Planning familial. 70 ans plus tard, il a encore du mal à toucher les hommes, qui ne représentent que 25 % du public. Zézette s'est demandé pourquoi.
Le Planning familial fête ses 70 ans, autant de décennies de luttes, d’éducation et de démocratisation d’accès à la contraception et à l’avortement. Pourtant, il reste encore méconnu d’une grande majorité d’hommes. Ce qui, pour Alice Ackermann, membre du bureau national et militante au Planning familial du Bas-Rhin à Strasbourg, représente un enjeu de sensibilisation.
C’est quoi exactement le Planning familial ?
Alice Ackermann : Le Planning familial est une association féministe d’éducation populaire qui accueille toutes les personnes souhaitant s’informer à propos de la sexualité, de la contraception, de l’IVG, du dépistage des IST (infections sexuellement transmissibles, NDLR) ou encore des violences sexistes et sexuelles. Le principe consiste à proposer des espaces sécurisés, non-jugeants et accessibles. On fait aussi beaucoup d’actions dans les écoles et les universités, notamment autour de l’éducation à la vie affective et sexuelle. Une notion encore trop peu présente, malgré une loi la rendant obligatoire depuis 2001.
Comment est née l’association ?
Le Planning a été créé en 1956 sous le nom de « Maternité heureuse » à une époque où la contraception et l’avortement étaient illégaux en France. Les premières militantes ont travaillé dans l’illégalité pour permettre aux femmes d’avoir accès à la contraception et à l’avortement en commandant des contraceptifs à l’étranger ou en aidant les femmes à avorter hors de France. Il y a eu un énorme travail militant pour faire évoluer le droit jusqu’à la loi Neuwirth qui légalise la contraception (1967), puis la loi Veil qui dépénalise l’avortement (1975). Le Planning s’est tenu aux côtés de nombreux mouvements féministes comme le MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, NDLR) ou le Mouvement de libération des femmes.
Qu’est-ce qui a changé entre-temps ?
On compte désormais 82 associations départementales ainsi que deux associations partenaires en Guadeloupe et en Martinique. Nous avons développé de nouvelles missions comme la mise en place il y a onze ans du numéro vert national « Sexualités, contraception, IVG ». Il existe encore de très fortes inégalités d’accès à l’avortement selon les territoires et cette ligne permet de démocratiser l’accès à l’information et permettre un accompagnement à distance. On reçoit environ 35 000 appels par an. Le Planning travaille aussi sur les questions LGBTQIA+, notamment en formant ses équipes pour accompagner les personnes transgenres. Des professionnel·les de la santé font en outre appel à nous pour améliorer leurs pratiques auprès de toutes les identités de genre. Concernant la contraception dite masculine, il existe au niveau national des groupes de travail sur la méthode testiculaire. Des ateliers à destination des hommes (ou tout autre personne ayant un pénis, NDLR) sont organisés, notamment autour du slip chauffant. Ces ateliers ne sont pas encore généralisés, mais ça fait partie des sujets sur lesquels on veut avancer.
Comment expliquer qu’aussi peu d’hommes connaissent le Planning familial ?
De nombreuses personnes ne savent pas déjà que le Planning est une association militante. Nous ne sommes ni un service de l’État, ni un centre hospitalier. S’agissant pus particulièrement des hommes, il y a un vrai enjeu de sensibilisation. Eux aussi devraient venir nous voir pour les questions de dépistage, de sexualité, de violences ou simplement d’éducation affective. Aujourd’hui, les personnes qui fréquentent le Planning sont majoritairement des femmes (à 65 %, NDLR). Les hommes représentent autour de 25 %. Les personnes non genrées ou non-binaires représentent le reste du public accueilli. Ça dit quelque chose de la charge mentale contraceptive, car beaucoup de femmes viennent seules pour parler contraception ou IVG. Alors que c'est loin d’être les seules concernées dans l’histoire…
Aujourd’hui, quels sont les défis du Planning familial ?
On s’inquiète beaucoup des baisses de financements au niveau local. Certain.e.s élu.e.s retirent des subventions à des associations comme les nôtres pour des raisons politiques, ce qui fragilise nos actions. On l’a vu récemment avec la fermeture de tous les centres de santé sexuelle dans la Drôme l’été dernier. C’est extrêmement préoccupant. Le Planning est surtout financé par des fonds publics comme l’État, les collectivités locales ou les agences régionales de santé. Nos missions relèvent de l’intérêt général, mais la montée de mouvements conservateurs, racistes, homophobes ou anti-féministes, parfois soutenus politiquement, entravent clairement le maintien des financements.
Comment les lecteurs.rices de Zézette peuvent soutenir le Planning familial ?
Déjà, en relayant nos campagnes et nos messages sur les réseaux sociaux et en participant aux mobilisations quand des Plannings locaux alertent sur leurs difficultés. Les parents et les professeur.e. peuvent aussi faire pression pour que la loi de 2001 sur l’éducation à la sexualité soit réellement appliquée dans les établissements. Et bien sûr, il est possible de nous soutenir financièrement. Plus on sera nombreux.ses à défendre ces sujets et plus il sera difficile de les invisibiliser.
Infos pratiques : plus d’infos sur planning-familial.org
Propos recueillis par Pauline de Quatrebarbes
Auteur, metteur en scène, animateur télé et comédien, Alex Goude présente actuellement à Paris deux spectacles autour des relations femmes-hommes et des injonctions de genre : “Ménopause” et “On est mâles barrés !”
Vos deux spectacles Ménopause et On est mâles barrés ! se jouent en ce moment à l’Apollo Théâtre à Paris. Quel est le fil rouge qui les relie ?
Alex Goude : Il s’agit de parler de sujets dont on ne parle jamais assez. Ménopause est un spectacle qui cherche à libérer la parole autour d’un immense tabou et de créer une vraie compréhension de ce phénomène naturel. On est mâles barrés ! parle davantage des hommes et des pressions masculines ressenties sur l’érection. Il y a un vrai travail scientifique derrière ces spectacles qui passent par l’humour pour transmettre des informations. Quand les gens rient, ils baissent la garde. Ils profitent d’un bon moment en se renseignant sur la sexualité, l’égalité et les rapports de pouvoir entre hommes et femmes. Mon rôle, c’est que les gens repartent plus heureux mais aussi avec des réflexions nouvelles.
Pourquoi est-ce important pour vous de parler autant de masculinité et de patriarcat ?
Parce que les hommes ne vont pas forcément très bien non plus. Beaucoup ont du mal à parler d’eux et de leurs émotions, et c’est quelque chose que leur impose le patriarcat. Ce sont souvent les femmes qui traînent leurs compagnons voir On est mâles barrés ! Les hommes ne parlent pas spontanément de ces sujets-là, alors que c’est justement en discutant qu’on peut avancer. Je suis considéré comme « très féministe » mais pour moi, ce qu’on raconte dans les spectacles devrait juste être normal. C’est accepter que le monde change. Changer n’est pas toujours simple. Donc j’essaye d’ouvrir les conversations plutôt que de rester dans des oppositions permanentes.
Quelles réactions observez-vous chez le public ?
Beaucoup de gens reviennent voir les spectacles plusieurs fois, souvent avec des amis, leur partenaire ou leur famille. Ce sont des thèmes qui touchent directement à la vie quotidienne. Le théâtre permet quelque chose d’assez rare aujourd’hui, à savoir réunir des gens ensemble sans téléphone, qui écoutent et réagissent collectivement. Les gens ne se parlent plus assez dans la vraie vie. Je souhaite juste recréer du lien pour que les gens puissent discuter, même quand ils ne sont pas d’accord. Que les hommes et les femmes parlent enfin de sujets qu’ils gardent souvent pour eux et passent un bon moment ensemble.
Infos pratiques : Ménopause, jusqu’au 31 décembre, et On est mâles barrés !, jusqu’au 12 juillet, à l’Apollo Théâtre, 18, rue du faubourg du Temple, Paris 11e.
Propos recueillis par Pauline de Quatrebarbes
Tout simplement (attention scoop…) parce qu’en 2026, il n’existe toujours pas de média consacré à la sexualité et à l’amour, et ce bien qu’ils fassent partie des rares sujets qui nous concerne tous à travers le monde. On trouve pourtant des journaux sur à peu près tout. Les camping-caristes ont ainsi leur magazine, Camping-car Magazine, depuis 1978, et les mostrophilistes (c’est comme cela que se font appeler les collectionneurs de montres) peuvent feuilleter Montres magazine depuis près de 30 ans.
Si la sexualité s’est fait une place dans les médias ces dernières années et que des voix de plus en en plus nombreuses se font entendre, la sexualité reste désespérément vierge de toute publication (en dehors des seules revues médicales qui lui sont consacrées...).
Puisque, dixit Oscar Wilde, « tout dans le monde est une question de sexe, sauf le sexe qui est une question de pouvoir », l'enjeu est de parvenir à parler sexualité sans honte comme de n’importe quel autre sujet. Car il s’agit bien d’explorer toutes ses facettes, notamment pour décortiquer les rapports de domination entre hommes et femmes.
Quant à l’amour, s’il fait les beaux jours de la littérature ou du cinéma, il a encore du mal à être pris au sérieux, ce dont témoigne la neuroscientifique Stéphanie Cacioppo dans son livre Le pouvoir de l’amour qui a dû braver le scepticisme lorsqu’elle a entamé ses recherches sur le sujet.
Telles sont les raisons d'être de Zézette, premier média indépendant 100 % dédié à la sexualité et à l’amour avec pour but d’en faire des sujets de conversation que l’on ne se sent plus gêné d’aborder par crainte de la honte ou d’une supposée mièvrerie. Le principe : une newsletter envoyée au moins deux dimanches par mois, et plus si affinités…
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