Comment rendre le consentement sexy ?

On le caricature en formulaire à signer avant de passer à l’acte. Et si le consentement était plutôt un langage qui s'apprend, une conversation qui mène au plaisir ?

“Tout dans le monde est une question de sexe, sauf le sexe qui est une question de pouvoir”. Oscar Wilde

“Le consentement est un langage autant qu’une philosophie de vie”

Il y a bientôt un an, la notion de consentement était introduite dans le code pénal. Spécialiste en relations affectives et sexuelles, Colette Williams, fondatrice de Colette se confesse, travaille quant à elle à mieux l’intégrer à notre code social. Ce qu’elle explique à Zézette.

Quelle différence fait-on entre consentement et contrat ? 

Colette Williams : Pendant longtemps, on a considéré que le mariage supposait nécessairement qu’il y ait une vie sexuelle entre époux. C’est là toute la différence entre consentement et contrat qu’a notamment permis de mettre au grand jour le rapport de la chercheuse Shere Hite paru en 1976 et vendu à plusieurs millions d’exemplaires à travers le monde. Il s’appuie sur les réponses anonymes de plus de 3 000 femmes américaines à un questionnaire sur leur sexualité et leurs désirs. Il en est ressorti que la réalité était très éloignée de ce que l’on imaginait et que beaucoup des sondées subissaient des rapports non consentis. Car même entre époux, le consentement ne peut pas être considéré comme irrévocable. 

Le consentement est un langage qu’il faut apprendre à pratiquer et à décrypter… 

Oui. D’autant que l’on peut se sentir obligé de consentir à quelque chose sans en avoir envie, tout simplement parce que selon notre croyance, dire oui c’est créer du lien. Cela nous amène à ne pas prendre en considération ce que l’on veut vraiment. Or, la première étape du consentement c’est déjà de se demander “En ai-je vraiment envie ?”. Il est essentiel de s’autoriser à prendre ce recul. D’autant que lorsqu’on est une femme, on est imprégnée d’une éducation dans laquelle le besoin de l’autre passe avant le nôtre. Cela construit chez nous une posture sacrificielle qui vient vicier le consentement.  

Nourrit-on une idée fausse du consentement ? 

Le consentement n’est pas binaire contrairement à la caricature qu’on en fait. Il ne se limite pas à un oui ou à un non. Il existe tout un spectre de réponses possibles. Cela peut être un “pas maintenant” ou bien un “oui à condition que”. Exprimer son consentement c’est exercer sa souveraineté, oser se connecter à ses choix et les assumer. Être à sa propre écoute en somme. A l’inverse, respecter le consentement, c’est faire preuve d’écoute active et ne pas être dans l’attente que l’autre me fasse plaisir. 

Qu’a changé le procès Pelicot ? 

Le choix de Gisèle Pelicot de refuser le huis clos du procès a permis de faire évoluer le regard que l’on porte sur les victimes et a mis en lumière ce que l’on appelle la victimisation secondaire. Lorsqu’on est victime d’un abus sexuel, on est confronté.e au regard des autres, aussi bien celui de nos proches que celui de la société. Cela se traduit par des petites phrases qui peuvent paraître extrêmement banales : “Mais pourquoi t’as pas fait ça ?”, “Pourquoi tu n’es pas partie ?”, “Si ça m’était arrivé, je n’aurais pas réagi comme ça”,  “Pourquoi t’as pas porté plainte ?”. Tout ceci contribue à ce que la victime développe un sentiment de honte. L’affaire Pelicot a contribué à ce que la honte change de camp. Des femmes ont ainsi pu se dire qu’elles avaient le droit d’élever la voix. 

Comment sont prises en compte les violences sexuelles en France aujourd’hui ?

Selon l’enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité du ministère de l’Intérieur, seulement 6 % des victimes de violences sexuelles portent plainte. Et d’après l’Institut des politiques publiques, 86 % de ces plaintes sont classées sans suite, 94 % lorsqu’il s’agit d’un viol. Parmi les victimes qui ne portent pas plainte, 26 % pensent que cela ne servirait à rien et 16 % que les faits ne sont pas assez graves. Le sentiment de domination est tel que même dans ces situations extrêmes on préfère garder le silence pour se protéger plutôt que d’aggraver le traumatisme en osant s’exprimer. C’est le syndrome de la double peine. 

Comment change-t-on de monde ? 

Un procès, même aussi médiatisé que le procès Pelicot, ne va pas changer à lui seul la culture du viol. Le changement durable se joue dans les familles en luttant contre la culture du silence. 

Que désigne-t-on par la culture du silence ? 

C’est le fait de se taire sur ce qui compte et de faire passer ce silence pour une vertu. En fait, il s’agit d’un mensonge. Un mensonge que l’on se fait à soi et un mensonge que l’on fait aux autres. Cela traduit un mécanisme de sur-adaptation à travers lequel une personne modifie son comportement, ses émotions ou ses besoins pour coller aux attentes des autres ou aux normes sociales. Chez les jeunes filles, on apprend ça très tôt. Le problème de la culture du silence, c‘est que sans dénonciation il n’y a pas de reconnaissance. Et si on ne reconnaît pas la violence, elle reste invisible et donc acceptable. On est dans la violence ordinaire. Moi la première j’ai dû me débattre avec la silenciation. C’est pour cela que je me suis engagée dans ce combat avec “Colette se confesse” et que j’ai fait de l’apprentissage du consentement mon cheval de bataille.  

Par quoi passe le consentement ? 

Outre le verbal, il passe aussi bien par le corps que par ce que l’on appelle la prosodie, c’est-à-dire l’intonation de la voix. Le même mot peut avoir une signification différente en fonction de la manière dont on le prononce. Un oui par exemple peut exprimer la résignation. 

Il existerait donc 50 nuances de oui…

Absolument ! Ce qui n’est pas vrai du non. Un oui peut être inconfortable. Mais il y a l’inconfort choisi, quand on va vers ce que l’on ne connaît pas, et l’inconfort subi, quand on fait quelque chose dont on n’a pas envie. On est ici dans le dialogue entre le corps et l’inconscient. La première chose à faire dans une situation d’inconfort, c’est de la conscientiser et de descendre dans le corps. Sortir de sa zone de confort, ce n’est pas la même chose que franchir une limite. 

Comment l’apprend-on ? 

Le consentement est un langage autant qu’une philosophie de vie. C’est aussi une porte d’entrée pour apprendre à se connaître. Sachant qu’être à l’écoute de ses ressentis est le préalable pour ensuite bien se connecter aux autres. C’est le but des ateliers "Connexion et consentement" qui se font en présentiel en solo ou en couple. L’objectif est de pouvoir identifier ses vrais “oui” et d’exprimer ses “non” sans culpabiliser, de manière verbale et non verbale. Il n’y a aucune sexualité engagée. On peut refuser toute proposition sans avoir à se justifier. Parmi les exercices proposés, on expérimente les différents archétypes pour voir quand on est la personne qui insiste. On décortique le consentement de A à Z  pour être capable de dépasser nos conditionnements le moment venu. Beaucoup de participant.e.s me disent que plus ils/elles s’autorisent à dire plus ils/elles kiffent et plus ils/elles obtiennent ce qu’ils/elles veulent vraiment. 

Comment rendre le consentement sexy au final ?

J’ai envie de renverser la question. Qu’est-ce qui n’est pas sexy dans le consentement ? Cela implique de sortir de la caricature du formulaire à signer. Ce n’est pas ça le consentement. C’est même tout le contraire. Le consentement est sexy parce qu’il s’inscrit dans le dialogue et qu’il ouvre le jeu. J’aime bien la métaphore du terrain de tennis. Ce qui est excitant, c’est le cadre. Il y a des lignes blanches qu’il ne faut pas dépasser. Et plus tu joues à l'intérieur du cadre, plus la partie dure longtemps. Le consentement a un côté fun mais on le méconnaît encore trop. C’est la palette, pas la contrainte. 

Infos pratiques : prochains ateliers “Connexion et consentement” les 14 novembre et le 1er décembre à Paris ainsi que le 21 novembre à Toulouse. Plus d’infos sur coletteseconfesse.fr

Propos recueillis par Renaud CHARLES

Mais pourquoi donc Zézette ?

Tout simplement (attention scoop…) parce qu’en 2026, il n’existe toujours pas de média consacré à la sexualité et à l’amour, et ce bien qu’ils fassent partie des rares sujets qui nous concerne tous à travers le monde. On trouve pourtant des journaux sur à peu près tout. Les camping-caristes ont ainsi leur magazine, Camping-car Magazine, depuis 1978, et les mostrophilistes (c’est comme cela que se font appeler les collectionneurs de montres) peuvent feuilleter Montres magazine depuis près de 30 ans.

Si la sexualité s’est fait une place dans les médias ces dernières années et que des voix de plus en en plus nombreuses se font entendre, la sexualité reste désespérément vierge de toute publication grand public (en dehors des seules revues médicales qui lui sont consacrées...).

Puisque, dixit Oscar Wilde, « tout dans le monde est une question de sexe, sauf le sexe qui est une question de pouvoir », l'enjeu est de parvenir à parler sexualité sans honte comme de n’importe quel autre sujet. Car il s’agit bien d’explorer toutes ses facettes, notamment pour décortiquer les rapports de domination entre hommes et femmes.

Quant à l’amour, s’il fait les beaux jours de la littérature ou du cinéma, il a encore du mal à être pris au sérieux, ce dont témoigne la neuroscientifique Stéphanie Cacioppo dans son livre Le pouvoir de l’amour qui a dû braver le scepticisme lorsqu’elle a entamé ses recherches sur le sujet.

Telles sont les raisons d'être de Zézette, premier média indépendant 100 % dédié à la sexualité et à l’amour créé par un collectif de journalistes avec pour but d’en faire des sujets de conversation que l’on ne se sent plus gêné d’aborder par crainte de la honte ou d’une supposée mièvrerie. Le principe : une newsletter envoyée au moins deux dimanches par mois, et plus si affinités. Bonne lecture !

La rédaction

Pour suivre Zézette sur Instagram, c’est ici

Zézette, le 1er média 100% dédié à la sexualité

Par Zézette le 1er média 100 % dédié à la sexualité et à l'amour

Les derniers articles publiés

Pourquoi sensualité rime si peu avec masculinité ?

par Zézette le 1er média 100 % dédié à la sexualité et à l'amour   ⋅  11/10/2026 4 min

La polémique récente provoquée par la publicité pour la plateforme de paris sportifs Novig, où l'actrice Sydney Sweeney apparaît nue, est venue rappeler que l'érotisme du corps féminin continue de faire vendre. Mais qu'en est-il de l'érotisme du corps masculin et de sa mise en scène dans l'espace public ?

Pourquoi Platon choque-t-il les conservateurs sur la sexualité ?

par Zézette le 1er média 100 % dédié à la sexualité et à l'amour   ⋅  20/09/2026 6 min

Il y a maintenant 25 siècles, le philosophe grec Platon écrivait "Le Banquet", livrant ainsi ses réflexions sur l'amour et le désir. Ce qui continue de faire des vagues encore aujourd'hui.

Avec l'éducation à la sexualité, "on parle beaucoup de l’après et de l’avant mais jamais du pendant"

par Zézette le 1er média 100 % dédié à la sexualité et à l'amour   ⋅  06/09/2026 4 min

C'est la rentrée et avec elle le retour des cours d'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS). Qu'en pensent celles et ceux à qui ils sont destinés ? Zézette a demandé à Blanche Doutreligne, élève de première en Bretagne, de mener l'enquête.

“Les hommes ont peur de ce qu’ils ne contrôlent pas”

par Zézette le 1er média 100 % dédié à la sexualité et à l'amour   ⋅  12/07/2026 3 min

Connaissez-vous la gynophobie ? Si ce mot ne vous dit rien, Zézette vous propose d'enrichir votre vocabulaire.

Faut-il vraiment diaboliser le porno ?

par Zézette le 1er média 100 % dédié à la sexualité et à l'amour   ⋅  28/06/2026 6 min

25 % de la bande passante et 35 % des vidéos du Net seraient consacrées à la pornographie selon un rapport du Sénat publié en 2022. Tout le porno est-il problématique ? Quelle est la différence entre le bon et le mauvais porno ? Zézette a mené l'enquête.

Comment Prince a érotisé la chanson populaire ?

par Zézette le 1er média 100 % dédié à la sexualité et à l'amour   ⋅  14/06/2026 4 min

Sexuality, Dirty Mind, Pussy Control, Private Joy, Soft and Wet... Autant de morceaux qui abordent la sexualité sans détour et qui, malgré les tabous, n'ont pas empêché Prince de devenir une icône mondiale de la pop.

Après 70 ans d'existence, le planning familial peine toujours à toucher les hommes

par Zézette le 1er média 100 % dédié à la sexualité et à l'amour   ⋅  24/05/2026 4 min

En 1956 naissait le Planning familial. 70 ans plus tard, il a encore du mal à toucher les hommes, qui ne représentent que 25 % du public. Zézette s'est demandé pourquoi.

Il fallait l'inventer : le premier café orgasmique au monde où l'on parle sexualité librement (tout en buvant du bon café)

par Zézette le 1er média 100 % dédié à la sexualité et à l'amour   ⋅  03/05/2026 3 min

Si vous tapez dans un moteur de recherche les mots clefs café et orgasmique, vous trouverez une quantité d'articles sur les bienfaits supposés du café en matière de plaisir sexuel, mais un seul café orgasmique, récemment ouvert à Paris. Un concept unique en France, et sans doute au monde, où la sexualité n'est plus tabou.

Et si nous avions les couilles d’être féministes ?

par Zézette le 1er média 100 % dédié à la sexualité et à l'amour   ⋅  19/04/2026 5 min

N’est-ce pas un paradoxe de la part des hommes de posséder des organes devenus synonymes de courage et d’en montrer aussi peu lorsqu’il s’agit de renverser un système de domination qui prévaut depuis des siècles ? Et si nous enclenchions un retour ovaire le futur ?