Le Japon, pays du soleil levant et des amours virtuels

A l'heure où les histoires d'amour virtuelles ne sont plus une fiction comme dans le film "Her" sorti en 2013, il est un pays à la pointe de cette tendance : le Japon. Dans l'archipel, plus d’un Japonais sur trois déclarent être amoureux d’un personnage fictif. Zézette a souhaité en savoir plus.

“Au Japon, les normes sont hors d’atteinte et s’y conformer ne rend pas heureux”

Au pays du soleil levant, le mariage n’est plus un idéal mais un fardeau. Du fait des normes étouffantes, une partie de la population déserte la réalité au profit du virtuel. Anthropologue et autrice du blog “Les 400 culs” dans Libération, Agnès Giard a consacré huit années d’immersion à scruter ce laboratoire des émotions et en a tiré le livre Les Amours artificielles au Japon . Entre sexe, pixels et dissidence, l'amour des simulacres est devenu l'ultime acte de résistance politique et le miroir de notre futur à l'ère du numérique.

Après huit ans d'immersion ethnographique, vous publiez un ouvrage sur les amours artificielles au Japon où certaines personnes préfèrent vivre avec un personnage de manga plutôt qu’avec un partenaire biologique

Agnès Giard : Au Japon, crise économique aidant, les hommes et les femmes ne peuvent plus se marier car ils n’en ont pas les moyens… ni l’envie. Pour le dire vite : Les femmes mariées sont tenues de renoncer à leur indépendance financière afin d’élever les enfants. Les hommes mariés doivent soutenir leur famille à bout de bras. Cela représente beaucoup de sacrifices. Acculées au célibat ou forcées de souscrire à un modèle matrimonial périmé, certains individus adoptent une stratégie oblique, c’est-à-dire qu’ils se mettent en scène comme les adeptes d’un culte scandaleux, un culte rendu à des « êtres impossibles », façon de dénoncer le système qui rend tout bonheur impossible. 

Culte très cul d’ailleurs… non ?

Très rentre-dedans, donc très cul, oui. Ce goût de la provoc se mesure à l’extraordinaire popularité des contenus déviants produits au Japon : les mangas, animés ou jeux vidéo mettent en scène des personnages sciemment conçus pour alimenter des fantasmes homo-érotiques ou SM, en parfaite contradiction avec l’idéal du mariage hétéro-reproductif. Plus un héros de série est populaire, plus il est recyclé dans l’économie libidinale du fandom japonais, c’est-à-dire exploité sous les formes excitantes d’un partenaire érotique fictif. Plus le héros est aimé, plus il est « détourné ». Des mangas amateurs pornos (dōjinshi) dévoilent sa nudité et l’accouplent à d’autres personnages, souvent du même sexe. Le voilà tantôt proie sexuelle humide, ligotée, abusée, tantôt larveur sadique, sanglé de cuir et doté d’un membre monstrueux. Dans tous les cas, le scénario sert de prétexte à bousculer les rôles de genre établis. Le héros devient une figure du désordre, invitant les fans par mimétisme à se livrer sans frein aux excès. Que ces excès restent « dans la tête » ne les rend pas moins subversifs. L’énergie investie dans ces histoires parallèles est spectaculairement dilapidée, gâchée, détournée du monde réel. Les fans qui se masturbent sur les personnages de fiction affirment en acte leur refus de perpétuer le système, notamment le système sexuel et genré qu’ils désertent au profit d’un monde parallèle peuplé de polymorphes pervers. 

Le Japon se révolte-t-il ?

L’insurrection monte en puissance sous des formes ludiques. Mon livre est rempli de ces doigts d’honneur jetés à la face d’un ordre en faillite. Hommes pin-up, seulement vêtus d’un bikini, conducteurs de « voitures d’infamie » (itasha) s’affichant aux côtés d’une love doll placée bien en vue sur le siège passager, femmes aux faux ongles surdimensionnés criant leur amour pour des playboys bisexuels… J’ai tenté de couvrir le phénomène dans toute sa diversité.

Vous décrivez des pratiques fascinantes, comme celle des acousta

 Les acousta (abréviation de l’anglais acrylic stand, Ndlr) sont des figurines en trompe-l’oeil reproduisant la silhouette d’un personnage. Les fans se promènent souvent avec des acousta pour faire des photos en public, comme n’importe quel couple normal. Elles sont ensuite postées sur les réseaux. Cette pratique porte le nom  d’oshikatsu. Il arrive cependant que les photos de dîner romantique prennent l’allure inquiétante d’un rituel d’anthropophagie. Certains fans photographient l’acousta dans leur assiette. Parfois le personnage émerge d’une omelette au riz. Parfois, il baigne dans une tasse de thé sucré. C’est une preuve d’amour. On veut faire corps avec l’être aimé.Le phénomène tire son origine d’une pratique nommée « repas-polaroïd » (cheki-meshi) popularisée au début des années 2010 par les fans de pop-idoles. Il s’agissait alors de planter le portrait polaroïd d’une chanteuse dans sa nourriture ou son verre. Le désir ainsi exprimé était celui d’absorber l’essence de l’idole pour la faire sienne. 

Vous évoquez aussi les « filles pourries » (fujoshi)...

Il existe deux types de fans féminines : les « filles du rêve » (yumejoshi), qui se projettent dans une histoire d’amour avec un personnage, et les « filles pourries » (fujoshi), qui fantasment sur des liaisons homoérotiques entre des beaux gosses. Les filles pourries, comme on peut le deviner, sont très portées sur le sexe. Ce sont des « truies » auto-proclamées. Elles se gavent de séries centrées sur la camaraderie virile, voire plus si affinités. Les boys « en bande » les font triper : gangs mafieux, équipes sportives masculines, troupes d’artistes débutants… Certains contenus pour fujoshi portent des titres explicites : Yarichin Bitch Club, par exemple. Littéralement : le « Club des Queutards Putes ». Les filles pourries produisent et consomment énormément de Boy’s Love (BL), des mangas peuplés de mâles amoureux ou en rut dont les liaisons – paritaires et stériles – fournissent un modèle d’identification libérateur. En lisant du BL, les fujoshi peuvent se projeter dans une histoire d’amour qui ne se terminent pas par la formule « Et ils eurent beaucoup d’enfants… »

En quoi consiste la mode du “bound coordinate” (bound kōde) ?

C’est l’art de s’habiller comme le personnage bien-aimé pour figurer sa présence palpable à vos côtés. Le but est de créer le mirage d’une présence. Dérivée du osoroi kōde (« s’habiller comme des sœurs jumelles ») et de sa variante plus subtile appelée link kōde (« s’habiller pour créer du lien »), l’appariement vestimentaire permet d’exprimer son amour en répliquant le look de la personne avec qui on partage tout.

Le cas de Menoko Makiri est troublant. Cet homme accueille en lui la présence de sa girlfriend numérique pour célébrer leur union à l'intérieur de son propre corps. Avec ces mariages avec des personnages, assiste-t-on à l'émergence d'une identité post-sexuelle qui dépasse les notions de masculin et de féminin ?

Menoko Makiri est un adepte du déguisement radical. Non seulement il porte les vêtements et la perruque de sa bien-aimée fictive mais il enfile aussi une fausse peau intégrale et une tête en résine dure appelée « visage d’anime ». L’opération repose sur la maîtrise d’une technique appelée kigurumi, très proche de la cérémonie d’invocation. Le but est de se « changer » en quelqu’un d’autre. Et, ce faisant, de faire entrer le surnaturel dans le monde humain. Pour Menoko Makiri, le fait de se métamorphoser en personnage n’a donc rien d’innocent. Il s’agit de matérialiser un être sur terre afin d’ouvrir des portes entre les dimensions. Au passage, Menoko Makiri se dissocie de lui-même et devient femme. Mieux : il devient celle qu’il aime, une héroïne du jeu vidéo romantique LovePlus, et communie avec elle dans une forme d’amour fusionnel étrange, jouissant d’être l’humain qui aime et celle qui l’aime en retour. Son témoignage dans le livre est frappant.

Certains hommes cousent des robes pour des poupées avec qui ils se promènent dans Tokyo. Dans vos recherches, avez-vous tranché cette ambiguïté : la poupée est-elle une épouse, un substitut d'enfant ou une projection de leur propre "beauté intérieure" ?

Les trois mon général ! Ces hommes qui cousent des nuisettes pour leur poupée la dorlotent de façon maternelle tout en affirmant qu’ils la traitent en tant que double. S’agit-il de travestissement ? Certains désignent leur poupée comme une « jeune fille intérieure ». « Les hommes, dans le monde réel, n’ont pas le droit d’être vulnérables ni adorables, expliquent-ils. En prenant soin de la poupée nous réparons cette injustice. Elle incarne cette part de nous qui réclame d’être chérie. » La relation se pare d’une aura triplement transgressive lorsqu’ils affirment être amoureux de cette poupée avec laquelle ils se promènent dans les rues de Tokyo en la tenant contre leur poitrine ou accrochée à leur bras. Ce spectacle se popularise. Un nombre croissant d’hommes japonais font maintenant leur coming out en tant qu’amoureux de poupées.

Où avez-vous trouvé ces « amoureux » d’un nouveau genre ?

Dans mon livre, je décris leurs lieux de rendez-vous. Il y a notamment ce Café doll-friendly, situé dans le quartier d’Akihabara à Tokyo, appelé Marionnette Amis, où des « couples » socialisent autour d’une pâtisserie. Il est très drôle de voir comment ces hommes, plutôt timides, usent du prétexte de leur poupée pour discuter entre eux. Ils font parler les poupées par ventriloquie. 

Porter le parfum d'un personnage masculin pour se sentir "habitée" par lui, voire aller jusqu'à boire cette fragrance... Pourquoi le sens de l'odorat et du goût sont-ils devenus les nouveaux territoires de l'intimité avec l'imaginaire ?

L’industrie du divertissement au Japon repose en grande partie sur cette forme de sacrifice qui consiste à faire de son propre corps le lieu d’une rencontre intime avec des êtres imaginaires. On leur prête vie par tous les moyens. On les spraye dans les draps du lit pour donner l’impression qu’ils viennent à peine de quitter la pièce. On les avale, pour simuler un baiser profond. On les serre dans ses bras sous la forme de coussins à étreindre reproduisant la figure du personnage grandeur nature. Recto, il est sage. Verso, il a la main sur la braguette, le torse nu, le regard torve. Je décris aussi dans mon livre  ces pratiques extrêmes qui consistent à épouser un personnage au cours de cérémonies incluant des échanges de voeux et d’alliances. Je parle même de ces fans qui se mettent à « entendre des voix ».

À la lecture de vos travaux, on a le sentiment que ces amours alternatifs ne sont pas des replis sur soi mais des formes de dédoublement créatif. Quel regard l'anthropologue porte-t-elle sur ce que ces rituels japonais nous disent de l'évolution globale de nos sentiments à l'ère du numérique ?

Au Japon, l’industrie de l’amour artificiel présente cette caractéristique : le but n’est pas de « faire illusion »  mais, au contraire, de transporter l’utilisateur dans un monde fabriqué, comme un petit théâtre avec des marionnettes. Il s’agit d’un jeu dont personne n’est dupe. Ce n’est pas si sérieux. Le jeu implique l’artifice. Tout est fake, mais pas plus finalement que le monde dans lequel nous vivons. Or, et c’est là justement que ce mouvement de dissidence se rattache à un phénomène de déprise plus global qui nous concerne tous et toutes : Les utopies progressistes ne font plus rêver. Jusqu’ici, la technologie évoquait l’idéal du progrès. Les outils high-tech étaient au service de l’humain, dans la conquête d’un futur radieux. Maintenant, ces outils servent juste à lâcher prise. On se confie à des IA. L’amour pour les simulacres participe de ce mouvement de fond que la chercheuse Valentina Tanni nomme la « sexualité hypnagogique » qui voit les jeunes, massivement, jouir dans des univers artificiels, presque fantomatiques, faits uniquement de sons ténus, de textures irréelles, de vibrations subliminales et de frissons invisibles.

Infos pratiques : Les Amours artificielles au Japon : flirts virtuels et fiancées imaginaires. Agnès Giard. Ed. Albin Michel. 272 pages. 39€. Plus d’infos sur albin-michel.fr

Propos recueillis par Julien Claudé-Pénégry

Julia Palombe, la comédienne qui fait monter nos fantasmes sur scène

En 2016, la comédienne et performeuse Julia Palombe publiait Au lit citoyens ! Le manifeste contre la mal-baise pour libérer la parole autour de la sexualité. Depuis 2023, elle interprète son spectacle Fantasy où elle invite le public à partager ses fantasmes de manière anonyme pour les jouer sur scène. Un spectacle qu’elle interprétera au Solo à Paris le 3 avril avant de se produire au festival “Les Jouissives” à Orléans le 24 mai avec son autre seule-en-scène Quincanaille.

Entretien publié le 13 avril 2025 / Mis à jour le 28 mars 2026

Comment vous est venue l'idée d'interpréter les fantasmes des Françaises et des Français sur scène avec votre spectacle Fantasy?

Julia Palombe : J’explore depuis toujours le plaisir et le désir qui sont pour moi des tremplins vers la liberté. Mais je trouvais que la manière dont on abordait le sujet des fantasmes dans les médias était souvent très clichée. J’étais persuadée que l’on pouvait aller plus loin. Et c’est ce que permet la scène car elle nous déconnecte du réel. 

Comment se déroule le spectacle ?

Les spectateurs et les spectatrices sont invités à l’entrée à écrire leurs fantasmes de façon anonyme sur des bouts de papiers. Sur scène, j’apparais dans une tenue totalement abracadabrante avec des ailes, des cornes et du brillant partout afin de tout de suite plonger le public dans un songe. Puis je pose le cadre en rappelant que l’on n’est pas là pour juger de la qualité des fantasmes mais pour partager des imaginaires et pour rêver ensemble. Pour interpréter les fantasmes que je tire au sort, je dispose d’accessoires, de costumes et même d’un ukulele pour apporter une touche musicale. Depuis 2023, j’ai joué ce spectacle une cinquantaine de fois et je suis toujours surprise par la richesse et la diversité des fantasmes qui sont partagés et qui mêlent aussi bien le romantisme et la poésie que des univers plus trash. Je trouve intéressant que tout se mélange. 

Quels sont les fantasmes les plus fréquents ?

Le sexe à plusieurs revient systématiquement, de même que les fantasmes en pleine nature. L’idée d’aller sur une autre planète est également fréquemment évoquée, avec parfois l’envie de découvrir le sexe avec un.e extra-terrestre. J’ai aussi des gens qui expriment leur désir de faire l’amour avec une personne handicapée. Un jour j’ai interprété un fantasme dans lequel la scène se déroulait dans l’herbe et les ronces. Il peut aussi y avoir des fantasmes interdits comme la zoophilie, même si le but est sans doute aussi de rire, ou bien faire l’amour avec un mineur. C’est l’occasion de rappeler que si l’on n’est pas totalement maître de nos fantasmes, du fait de leurs racines inconscientes, on est par contre responsables de ce que l’on en fait. Et puis, confier ses fantasmes, cela ne signifie pas s'engager à les réaliser. C’est comme partager une étincelle de vie. C’est de la poésie. On n'est pas dans le registre lourd du secret de famille. 

Le plaisir passe-t-il nécessairement par la sexualité ?

Je ne suis absolument pas dans cette injonction. Il y a plein de façons d’éprouver du plaisir. Je me souviens par exemple de Soeur Emmanuelle interrogée sur la jouissance chez Ardisson et qui évoquait celle ressentie par ses pieds nus dans le sable…

Rencontrez-vous des difficultés pour trouver des salles où jouer votre spectacle ?

Oui, alors même qu’aujourd’hui les théâtres n’hésitent plus à programmer des cabarets burlesques. Le sujet fait peur. Certaines salles ne me veulent pas depuis le début comme à Rouen. A Paris aussi c’est compliqué. Les directeurs de théâtre craignent que cela déborde, alors que le seul but est de parler. J’observe en revanche que c’est plus facile dans le sud. 

Justement, la sexualité n'a jamais été aussi présente dans les médias mais c'est un sujet qu'il reste difficile à aborder dans la vie courante. Selon le philosophe Guillaume Durand, auteur de Sexe et tabous, l'essentiel des tabous restent aujourd'hui liés à la sexualité. Est-ce la vocation de votre spectacle de déverrouiller la parole ?

Si je fais ce spectacle, c’est avant tout parce que j’en ai envie et que ça me fait plaisir. J’ai une obsession pour la liberté et le désir est une expression de la liberté. Qu’une femme parle librement de sexualité continue à faire peur. Elle risque d’en entraîner d’autres et certains ne voient pas ça d’un très bon œil. Or, si l’on maintient le silence sur ce sujet, cela conduit au pire. 

Alexandra Kollontaï, féministe russe qui a vécu entre le XIXe et le XXe siècle, considérait que le sexe devrait être aussi simple que boire un verre d’eau. A la même période, en 1922 à Moscou, des hommes et des femmes ont manifesté nu.e.s en scandant « amour, amour, à bas la honte ! ». Le fait que le sexe puisse être considéré comme un besoin physiologique qu’il faut satisfaire aussi simplement que la soif et la faim est donc une pensée qui n'est pas nouvelle mais qui a encore du mal à s'imposer. Est-ce le sens de votre livre Au lit citoyens ! Le manifeste contre la société de la mal-baise?

Je pense que de même qu’il faut lutter contre la malbouffe qui abîme le corps, il convient de lutter également contre la mal-baise. Et cela commence tout simplement par en parler…

Dans un sondage publié l’an dernier sur les fantasmes des Français et des Françaises, il ressort que nous avons des fantasmes assez standardisés…

L’imaginaire n’a pas de limites. Et nous sommes les propres scénaristes de nos fantasmes. Les rabbins recommandent d’être précis lorsqu’on a un souhait. C’est la même chose avec les fantasmes. Il faut oser en dérouler le scénario. Dans l’herbe… Très bien, mais quelle herbe ? Est-ce qu’elle est tondue ? Est-ce qu’elle est haute ? Est-ce qu’il y a de la boue ? Cela permet de reconnecter avec sa sensualité alors que notre éducation ignore le corps. Et si l’on ne connecte pas avec son corps dès l’enfance, et je ne parle pas ici de sexualité, c’est forcément plus compliqué à l’âge adulte.

Dans ce même sondage, il apparaît que les hommes fantasment plus que les femmes. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Je ne pense pas que les femmes fantasment moins que les hommes. Je dirais plutôt qu’elles fantasment différemment. Là où les hommes vont passer par des images très nettes, le fantasme féminin va comporter d’autres ingrédients comme les odeurs par exemple. Cela le rend plus difficile à décrire. Et puis il faut avoir conscience que le désir des femmes reste encore aujourd’hui difficilement avouable. J’ai eu l’occasion dans un festival de jouer le spectacle exclusivement devant des femmes. Et j’ai eu le sentiment qu’elles se sentaient plus libres de s’exprimer alors même que c’est anonyme. La femme reste prise en étau entre la mère et l’amante, alors que toutes ces facettes sont cumulables.  

Quelle est l’ambiance à la fin de votre spectacle ?

Cela crée de la discussion. Certaines personnes qui ne se connaissent pas vont boire un verre. D'autres rentrent chez elles excitées et parfois m'envoient des messages pour me raconter leur nuit. Comme quoi un simple spectacle de 1h30 permet de décoincer nos imaginaires. C'est la preuve que parler librement de désir et de plaisir n'est pas aussi insurmontable qu'il n'y paraît ! Je crois beaucoup en l'effet miroir. C’est en montrant la liberté plus qu'en la déclarant que l'on a une chance d’inspirer.  

Et vous, pouvez-vous nous partager l'un de vos fantasmes ?

Je fantasme d’un dîner champêtre entre amis avec des bougies, sur fond de jazz ou de musique baroque, en plein air ou bien au coin du feu si on est en hiver, et au cours duquel on déguste autant qu'on se déguste. Ce serait un dîner qui ferait le lien entre gastronomie et sensualité. Quelque chose de fluide, avec une liberté absolue de quitter la table si on en a l’envie. Au cours de ce dîner, nous deviendrons nous-mêmes le menu. A la fin, nous serions tous un peu plus ami.e.s. Nous aurions juste partagé un repas incroyable et divin... On pourrait appeler ça pourquoi pas une “palomberie” ! 

Infos pratiques : Fantasy, le vendredi 3 avril à 20 h au Solo à Paris. Plus d’infos sur lesolo.fr. Julia Palombe sera au festival “Les Jouissives” à Orléans le 24 mai avec son spectacle Quincanaille. Plus d’infos sur lesjouissives.fr

Propos recueillis par Hector Melville

Partenariat

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Qu'est-ce que l'amour ? Peut-on seulement en donner une définition ? En grec, il y a au moins 10 mots pour dire 10 formes d'amour. Pour les explorer, l’école de poésie ÉPOÉ vous convie à quelques jours d'immersion du 15 au 19 juillet dans une maison enchantée au milieu d'un hameau paisible à Verfeuil (Gard). Au programme : exercices d'écriture intuitive et créative, écriture poétique et lectures inspirantes. Une retraite qui s’adresse à toutes et tous sans prérequis et limitée à 10 participant.e.s. Infos et inscriptions ici

Ça va mieux en le dessinant, par Cyrille Berger

Mais pourquoi donc Zézette ?

Tout simplement (attention scoop…) parce qu’en 2026, il n’existe toujours pas de média consacré à la sexualité et à l’amour, et ce bien qu’ils fassent partie des rares sujets qui nous concerne tous à travers le monde. On trouve pourtant des journaux sur à peu près tout. Les camping-caristes ont ainsi leur magazine, Camping-car Magazine, depuis 1978, et les mostrophilistes (c’est comme cela que se font appeler les collectionneurs de montres) peuvent feuilleter Montres magazine depuis près de 30 ans.

Si la sexualité s’est fait une place dans les médias ces dernières années et que des voix de plus en en plus nombreuses se font entendre, la sexualité reste désespérément vierge de toute publication (en dehors des seules revues médicales qui lui sont consacrées...).

Puisque, dixit Oscar Wilde, « tout dans le monde est une question de sexe, sauf le sexe qui est une question de pouvoir », l'enjeu est de parvenir à parler sexualité sans honte comme de n’importe quel autre sujet. Car il s’agit bien d’explorer toutes ses facettes, notamment pour décortiquer les rapports de domination entre hommes et femmes.

Quant à l’amour, s’il fait les beaux jours de la littérature ou du cinéma, il a encore du mal à être pris au sérieux, ce dont témoigne la neuroscientifique Stéphanie Cacioppo dans son livre Le pouvoir de l’amour qui a dû braver le scepticisme lorsqu’elle a entamé ses recherches sur le sujet.

Telles sont les raisons d'être de Zézette, premier média indépendant 100 % dédié à la sexualité et à l’amour avec pour but d’en faire des sujets de conversation que l’on ne se sent plus gêné d’aborder par crainte de la honte ou d’une supposée mièvrerie. Le principe : une newsletter envoyée au moins deux dimanches par mois, et plus si affinités…

Pour suivre Zézette sur Instagram, c’est ici

Zézette, le 1er média 100% dédié à la sexualité

Par Zézette le 1er média 100 % dédié à la sexualité et à l'amour

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